Installée depuis début juillet à L’Abbaye, Manilea Nutri-Chain a choisi La Vallée de Joux pour y implanter une infrastructure unique en Suisse, dédiée à la transformation des fruits à coque et des graines. Entre souveraineté alimentaire, circuits courts, insertion sociale et exigence gustative, la jeune entreprise portée par Léa Templier veut structurer une nouvelle filière agroalimentaire à haute valeur ajoutée.
Une installation réfléchie à L’Abbaye
Pour Léa Templier, nutritionniste et directrice de Manilea Nutri-Chain, le choix de La Vallée de Joux s’est imposé comme une évidence. Le site de L’Abbaye offre une infrastructure parfaitement adaptée aux besoins de l’entreprise, avec un accès direct pour les camions, une proximité avec les producteurs et la possibilité de développer les locaux. « On a eu la chance de trouver cette infrastructure qui était parfaite par rapport à nos besoins », explique-t-elle. L’installation s’est faite progressivement, avec notamment la construction d’une cloison pour séparer l’activité de la brasserie voisine, et une ouverture officielle le 2 juillet. L’accueil dans la région a été très positif.

Une mission centrée sur la souveraineté alimentaire
La mission centrale de Manilea Nutri-Chain est d’offrir une infrastructure centralisée et polyvalente pour tous les fruits à coque et graines, là où il n’existait jusqu’ici que de petites unités spécialisées sur un seul produit. « C’est la première et la seule infrastructure de ce type en Suisse », souligne Léa Templier. L’objectif est de permettre aux producteurs et aux marques alimentaires de transformer leurs matières premières en Suisse, de valoriser leurs produits et de renforcer la traçabilité. L’exemple du beurre de cacahuète Manilea est parlant : grâce à une plantation de cacahuètes dans le canton de Fribourg, il devient possible de produire un beurre de cacahuète entièrement suisse, sans exporter la matière première pour la réimporter ensuite.
Une chaîne de transformation complète et modulable
Sur le site de L’Abbaye, une quinzaine de machines permettent de couvrir toute la chaîne de transformation, du produit brut au produit fini : décorticage, pelage, calibrage et tri, torréfaction, aromatisation, broyage en farines ou poudres, pressage à froid pour les huiles, mise en pâte, conditionnement en pots ou en bouteilles. Tout peut être réalisé sur place, de manière modulable. « On n’est pas obligé de faire la chaîne de A à Z, on peut vraiment demander seulement de l’huile ou torréfier et mettre du sel autour d’une noix », précise la directrice. Cette flexibilité permet de répondre aux besoins de producteurs de petite à moyenne taille, souvent dépourvus de solutions adaptées.
Santé, durabilité et goût au même niveau
Nutri-Chain repose sur trois piliers que Léa Templier place au même niveau : santé, durabilité et goût. Nutritionniste de formation, elle insiste sur l’origine des produits, leurs nutriments, les méthodes de récolte et de transformation, avec des températures de torréfaction basses et l’absence de chauffe dans les huiles et les pâtes, afin de préserver les valeurs nutritives. La durabilité se traduit par une économie circulaire, la transformation à façon, la réduction des emballages, le travail en vrac et un partenariat social avec la fondation La Croisée de Joux pour des ateliers protégés. Quant au goût, il ne doit jamais être sacrifié. Chaque produit transformé ici doit conserver et sublimer son profil gustatif, avec une qualité supérieure.

Manilea, la marque maison et les circuits courts
Manilea est la marque propre de l’entreprise, née avant l’installation à L’Abbaye. Elle propose aujourd’hui une collection de beurres de cacahuète, positionnés en haut de gamme, avec 26% de protéines et des matières grasses de qualité, sans sucre ni huile ajoutés. Léa Templier veut redonner ses lettres de noblesse à ces produits, souvent mal compris, en mettant en avant leur richesse nutritive et leur traçabilité. Au-delà de la marque, Nutri-Chain renforce les circuits courts en réduisant drastiquement les déplacements nécessaires à la transformation. Là où certains producteurs de noisettes devaient passer par quatre cantons pour obtenir une noisette décortiquée et torréfiée, tout peut désormais se faire à L’Abbaye. L’entreprise travaille avec des agriculteurs suisses, des marques alimentaires, le Parc du Jura vaudois et la fondation La Croisée de Joux, et ouvre aussi ses machines aux particuliers, à partir de 25 kilos de matière première.

Une filière en devenir, portée par une équipe engagée
L’équipe de Manilea Nutri-Chain compte aujourd’hui trois associés, deux employés et les résidents de La Croisée de Joux, soit une dizaine de personnes. Les débuts ont été marqués par des défis logistiques et administratifs, avec un décalage important entre la prise du local et la réception des machines, ce qui a pesé financièrement malgré le soutien de la fondation Paul-Édouard Piguet. Les investissements à venir concernent notamment la construction d’une mezzanine pour les bureaux et le stockage, ainsi que le développement d’outils logistiques. D'ici cinq ans, Léa Templier imagine un modèle répliqué pour d’autres filières, comme les légumineuses, et un outil perfectionné à L’Abbaye, avec des services supplémentaires comme l’étiquetage et la collecte directe chez les producteurs. Ancienne danseuse professionnelle au Béjart Ballet, reconvertie dans la santé intégrative et la microbiologie, elle voit dans Nutri-Chain la réponse à un besoin concret du terrain. Son message aux habitants de La Vallée est simple : « On est ici, on existe. Parlez de nous autour de vous. » Elle invite producteurs, restaurateurs et industriels à venir visiter l’infrastructure et à imaginer des collaborations.
Les produits sont disponibles sur https://manilea.com ; à La Villageoise au Lieu, à l'Hôtel des Horlogers au Brassus et l'hôtel du Royal Savoy ainsi que Amavita NutriBio à Lausanne, au concept store Fanfan à Lausanne, à la boutique Terre & Nature ainsi que d'autres petits points de ventes. L’entrepreneure désire étendre sa liste de points de vente, notamment à La Vallée de Joux.
par Carmen Mora
pour Vallée de Joux 360