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Gestion de l’eau à la Vallée de Joux: Un été tendu mais maîtrisé

Détails de la situation hydrologique de l’été 2026

Lionel Baruchet, président du comité directeur de ValRégiEaux, détaille la situation hydrologique de l’été 2026. Malgré huit semaines sans pluie, La Vallée a évité la crise grâce à une diversification des ressources, des pompages prolongés et une consommation en baisse.

Une situation tendue mais pas catastrophique

« La situation était tendue mais pas catastrophique », résume Lionel Baruchet. La Vallée dépend fortement de la source du Brassus, qui fournit entre 35% et 65% de l’eau injectée dans le réseau selon les périodes.

Cette source doit respecter un débit minimum légal de 50 litres par seconde pour la rivière. Cet été, ce seuil a été franchi sur quatre semaines, avec des moyennes journalières proches de 45 L/s. « Nous avons été moins tendus qu’en 2022 », précise-t-il.

Six ressources pour alimenter La Vallée

ValRégiEaux exploite six ressources principales :

  • Le Brassus (source)
  • La Golisse (nappe phréatique)
  • Le Lieu (nappe phréatique)
  • Les Charbonnières (source)
  • Le Pont (nappe phréatique)
  • Les Bioux (source)

Le potentiel total de production peut atteindre 6'170 m³/jour, alors que la consommation moyenne nécessaire est de 2'400 m³/jour. En période normale, La Vallée est donc largement excédentaire.

Les six points de captage actuels. En orange, d'autres points réutilisables, mais nécessitant des installations supplémentaires.

Mais l’étiage a frappé :

  • Le Lieu est descendu à 29% de son potentiel
  • Les Bioux à 27%
  • Les Charbonnières à 54%

« Sur ces trois captages, nous pompions l’intégralité de l’eau disponible, explique Lionel Baruchet. Pour le Brassus, nous ne sommes qu’à 30% de son potentiel, mais ce 30% représente 65% de l’eau nécessaire. »

Pompages prolongés et restrictions

Pour compenser la baisse des sources, ValRégiEaux a allongé les durées de pompage sur la source du Brassus : de 6 heures à 18 heures, avec un coût électrique accru.

Les restrictions d’eau ont été déclenchées lorsque le Brassus approchait les 60 L/s, seuil d’alerte interne. Elles ont été communiquées via la presse locale (La Feuille), l’affichage public et les sites des communes. Le comportement des habitants a été exemplaire. La production hebdomadaire est passée de 17'000 m³ à 14'000 m³.

Fontaines publiques : un enjeu majeur

Les fontaines consomment environ 150 m³/jour. « Elles tournent entre 5 et 10 litres par minute », confirme Lionel Baruchet. Dix fontaines sont directement connectées au réseau d’eau potable. Elles ont été fermées pour éviter le gaspillage. Pourquoi l’eau ne retourne-t-elle pas dans le réseau ? « Une fois qu’elle a coulé dans un bassin, elle devient une eau claire. Elle n’est plus considérée comme potable et devrait être retraitée. » Les nouvelles fontaines écologiques installées dans certains villages recyclent 90% de l’eau, réduisant fortement la consommation.

Captage de la source du Brassus. Source : Visinand

Réseau vieillissant et risques de rupture

Le SDIS a signalé des risques de rupture lors de l’ouverture brutale de bornes hydrantes. Lionel Baruchet confirme : « Une ouverture violente peut provoquer un coup de bélier et casser une conduite, surtout les anciennes conduites en fonte. »

Les tronçons les plus fragiles :

  • Traversée des Bioux
  • Conduite des Charbonnières
  • Conduite du Pont
  • Conduite entre Les Bioux et L’Orient (trop petite et en fonte)
  • Conduite Route Neuve

Les conduites en fonte sont progressivement remplacées par du polyéthylène, avec des diamètres augmentés (160 à 200 mm). Travaux urgents : « La conduite des Bioux, où nous avons deux à trois fuites par an, et la conduite Bioux–L’Orient. »

Projets en cours pour sécuriser l’avenir

  • Remise en activité du deuxième puits de La Golisse. Un puits arrêté en 2000 pourrait être réactivé. Les tests montrent un potentiel de 400 litres/minute, soit environ 570 m³/jour.
    Investissement estimé : 50'000 à 80'000 CHF. Le puits est déjà légalisé, ce qui simplifie les démarches.
  • Recherche de nouvelles ressources
    Secteur de L’Abbaye : pompage dans le lac, nappe profonde ou captage vers La Lionne
    Objectif : créer une redondance à la source du Brassus.

Le lac de Joux comme réserve potable

L’eau du lac est traitable par ultrafiltration, comme au Léman ou à Neuchâtel. Par rapport au traitement du Brassus, des étapes supplémentaires seraient nécessaires : réoxygénation, traitement des micropolluants. Quant à l’impact sur la faune : « Négligeable. Le volume prélevé représenterait quelques centimètres de baisse annuelle. »

Changement climatique : un défi croissant

Les précipitations évoluent : pluies plus violentes, plus courtes, suivies de longues périodes d’étiage. ValRégiEaux prépare l’avenir :

  • recherche de ressources pérennes
  • stockage
  • remise en fonction du puits de La Golisse 2 pour ~500 m³/jour supplémentaires d’ici 2027

Communication et message aux habitants

En cas de crise, des protocoles existent avec la protection civile : porte-à-porte, annonces, alertes. Les applications comme SuisseAlerte sont un outil parmi d’autres. 

Lionel Baruchet se veut rassurant : « Aucune inquiétude à avoir sur la qualité de l’eau distribuée. Nous prenons les mesures nécessaires pour assurer la distribution future. »


par Carmen Mora
pour Vallée de Joux 360