Charles-Henri Meylan, l’horloger de La Vallée qui a traversé l’Atlantique
L’Espace Horloger consacre une exposition à Charles-Henri Meylan (1842-1916), figure brillante mais longtemps oubliée de La Vallée de Joux. Entre mémoire familiale, enquête historique et passion horlogère, trois voix, Angela Benza, Georges-Henri Meylan et le journaliste américain Mark Kauzlarich, redonnent vie à un destin hors norme.
L’Espace Horloger consacre une exposition à Charles-Henri Meylan (1842-1916), figure brillante mais longtemps oubliée de La Vallée de Joux. Entre mémoire familiale, enquête historique et passion horlogère, trois voix, Angela Benza, Georges-Henri Meylan et le journaliste américain Mark Kauzlarich, redonnent vie à un destin hors norme.
Un horloger majeur, effacé par l’histoire
À la fin du XIXe siècle, Charles-Henri Meylan est l’un des horlogers les plus talentueux de sa génération. Formé à La Vallée, parti travailler aux États-Unis, revenu fonder sa manufacture au Brassus, il incarne une période charnière où les artisans suisses affrontent la montée en puissance de l’industrie américaine. Pourtant, son nom s’est peu à peu effacé. L’exposition présentée à l’Espace Horloger entend réparer cet oubli.
« On est content que cette exposition ouvre une nouvelle porte, celle de remettre en lumière des horlogers ou des manufactures qui ont disparu avec le temps, mais qui ont fait la fierté de La Vallée et ont contribué à en faire un centre horloger mondial », confie Angela Benza, conservatrice et commissaire de l’exposition.
Un vernissage pensé comme un moment de gratitude
L’exposition a ouvert au public quinze jours avant son vernissage, un choix assumé par Angela Benza.
« On aime bien laisser au public le temps de découvrir l’exposition. Le vernissage, lui, est un moment plus intime, un moment de remerciement pour les contributeurs. »
Le discours est volontairement court, suivi d’un temps d’échange. L’objectif est de redécouvrir un horloger oublié, comprendre son rôle dans l’histoire horlogère et dialoguer avec celles et ceux qui ont rendu l’exposition possible.

Georges-Henri Meylan, une passion de quarante ans devenue projet familial
Au cœur de l’exposition, il y a aussi la passion de Georges-Henri Meylan, collectionneur et descendant. « Cette histoire, je m’y suis passionné il y a quarante, quarante-cinq ans. La rencontre avec Mark, ses visites dans La Vallée, dans l’ancienne usine, ont été un déclic. Ça nous a vraiment poussés à nous dire qu’il fallait faire quelque chose avec ça. »
Il raconte comment le journaliste américain est venu à La Vallée, a visité les lieux, rencontré les collectionneurs, et comment cette immersion a transformé une passion en projet d’exposition.
Mark Kauzlarich, du Wisconsin à La Vallée, sur les traces d’un horloger oublié
Le troisième pilier du projet est Mark Kauzlarich, journaliste américain spécialisé en horlogerie, aujourd’hui chez Hodinkee, média de référence entièrement dédié à l’horlogerie. Son histoire commence loin d’ici, dans le Wisconsin, auprès des montres de poche de son grand-père.
« L’une des choses qui m’intriguaient, c’était de savoir pourquoi les manufactures américaines n’avaient jamais vraiment fait de montres compliquées. Et les seuls exemples venaient de Suisses qui avaient émigré aux États-Unis. »
En enquêtant, il tombe sur le nom Meylan, découvre un lien familial lointain, puis La Vallée de Joux. Ce projet l’amène en Suisse pour la première fois. « Je voulais en savoir plus sur cette personne qui m’avait fasciné et qui semblait avoir été oubliée. Voir que vous êtes tous ici aujourd’hui me rend heureux, parce que je sais désormais que son héritage n’est pas oublié tant que nous nous en soucions. »
La Vallée devient pour lui un lieu familier. « Quand je viens ici, j’ai l’impression de rentrer à la maison. C’est devenu, d’une certaine manière, mon deuxième chez moi. » Mark a également rédigé l’ensemble des textes de l’exposition.

Un moment clé de l’histoire horlogère
L’exposition montre comment, à la fin du
XIXe siècle, l’industrie suisse se sent menacée par la puissance de production américaine.
La réponse viendra par la complication, domaine où excelle Charles-Henri Meylan.
Il est notamment crédité d’avoir réalisé la seule montre à triple complication jamais produite sur sol américain, à partir de mouvements Waltham, un exploit technique qui illustre le dialogue transatlantique de l’époque.
Redonner un nom, redonner une place
Avec cette exposition, l’Espace Horloger ne célèbre pas seulement un horloger oublié.
Il interroge la manière dont se construit la mémoire horlogère, entre grandes maisons et artisans effacés, entre archives et passion.
Charles-Henri Meylan retrouve ici sa place, celle d’un passeur, d’un innovateur, d’un acteur essentiel de la mondialisation horlogère naissante. Et grâce à Angela Benza, Georges-Henri Meylan et Mark Kauzlarich, son histoire revient là où elle a commencé, au cœur de La Vallée de Joux.
L’exposition est à voir
jusqu’au 31 octobre 2026.
par Carmen Mora
pour Vallée de Joux 360