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Covoiturage : un levier essentiel mais sous tension dans La Vallée

Avec une main-d’œuvre largement transfrontalière et des transports publics encore insuffisants, le covoiturage reste un outil clé pour limiter les nuisances et accompagner la croissance économique. Déjà bien implanté, il peine pourtant à progresser, malgré les efforts de l’ADAEV et les projets transfrontaliers en cours.

Avec une main-d’œuvre largement transfrontalière et des transports publics encore insuffisants, le covoiturage reste un outil clé pour limiter les nuisances et accompagner la croissance économique. Déjà bien implanté, il peine pourtant à progresser, malgré les efforts de l’ADAEV et les projets transfrontaliers en cours.

Un outil indispensable dans un contexte transfrontalier

Près de la moitié des travailleurs de La Vallée résident en France voisine. Sans transports publics adaptés pour rejoindre les manufactures, le covoiturage s’est imposé comme une solution pragmatique pour absorber les flux quotidiens.

Le dispositif covoiturage-arc-jurassien.com, actif depuis plus de onze ans, est bien ancré. L’ADAEV a un temps offert les frais d’adhésion aux entreprises, mais cette gratuité n’a pas permis d’élargir la participation. Pour 2026, l’association envisage plutôt une prise en charge de 50%.

Un taux élevé, mais difficile à dépasser

Avec environ 30% de covoitureurs, La Vallée affiche un taux remarquable à l’échelle suisse. Pourtant, les entreprises membres peinent à recruter de nouveaux participants.

Selon l’ADAEV, la région semble avoir atteint un seuil naturel : le covoiturage reste utile, mais il ne pourra pas absorber seul la croissance attendue.

Un autre frein apparaît : le covoiturage inter-entreprises n’est pas encore reconnu. Les avantages accordés aux covoitureurs (places de parc réservées ou réductions) ne s’appliquent souvent que si les passagers appartiennent à la même entreprise. Résultat : un conducteur qui dépose des collègues de différentes sociétés arrive parfois seul au parking… et perd ses avantages. Cette incohérence limite fortement le potentiel de progression.

« Même gratuit, le dispositif n’attire plus : on atteint un plafond de verre. »

- Michaël Kupferschmid, ADAEV

Le frein majeur : la gestion des parkings

La mesure la plus efficace identifiée ailleurs -rendre les parkings payants- reste difficile à mettre en œuvre localement. Elle demande des infrastructures, une organisation interne et peut entrer en tension avec l’attractivité des entreprises. Lorsqu’elle est appliquée, cette tarification permet de financer un « budget mobilité » redistribué aux collaborateurs, un levier qui a fait ses preuves.

Vers une plateforme commune ou une centrale de mobilité ?

Aujourd’hui, chaque entreprise gère son covoiturage dans son coin. Pour l’ADAEV, la prochaine étape pourrait être la mutualisation, autant pour le covoiturage que pour les navettes.

D’autres zones industrielles, comme ZIMEysa (Zone Industrielle de Meyrin–Satigny) ou ZIPLO (Zone Industrielle de Plan-les-Ouates), ont créé des centrales de mobilité qui gèrent pour toutes les entreprises membres les groupes de covoitureurs, les navettes, les minibus autogérés et même la mise en relation des collaborateurs.

Ces minibus, conduits par des employés non professionnels, sont partagés entre entreprises, facturés selon l’usage et beaucoup moins coûteux que des navettes classiques.

Un modèle qui pourrait inspirer la Vallée de Joux, même si l’échelle est différente.

« Toucher au portefeuille reste l’un des leviers les plus efficaces. »

Des études transfrontalières pour élargir les alternatives

Deux projets transfrontaliers sont en cours avec le Haut-Jura et le Haut-Doubs. Ils portent sur une future ligne de bus, des pistes cyclables adaptées aux vélos rapides, la densification potentielle de la liaison ferroviaire Vallorbe–Frasne et la création de parkings relais.

Ces études déboucheront sur des recommandations concrètes pour améliorer les connexions.

Dans cinq ans, l’idéal serait de maintenir  -voire d’augmenter- le taux actuel de covoiturage, tout en le combinant à d’autres solutions. Déjà bien implanté, le covoiturage ne suffira pas à lui seul : il doit s’inscrire dans une stratégie globale mêlant transports publics, navettes, vélo, mutualisation inter-entreprises et coordination transfrontalière.


par Carmen Mora
pour Vallée de Joux 360