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Se former dans le paramédical :
et pourquoi pas La Vallée ?

Dans une région industrielle telle la Vallée de Joux, toutes les filles et jeunes femmes ne trouvent pas nécessairement un apprentissage qui leur convienne. Le paramédical vient rétablir un peu de parité. Aide-infirmière, animatrice, éducatrice ou assistante en pharmacie : la région offre plusieurs places et filières.

Dans ses locaux flambant neufs au milieu du village des Bioux, au rez-de-chaussée d’un immeuble achevé l’an dernier, flanqué d’une terrasse avec vue sur le lac, le CAT Saisons (Centre d’Accueil Temporaire) accueille du lundi au vendredi, une quinzaine de personnes par jour bénéficiant de l’AVS et qui souhaitent prolonger leur vie à domicile ou des personnes en perte d’autonomie. Actuellement, une trentaine de « bénéficiaires » combiers (c’est le terme consacré) profitent d’un accompagnement au Cat saisons. Sur place, la petite équipe, huit personnes dont trois formatrices, s’affairent pour offrir à leurs bénéficiaires des activités conviviales et récréatives. Parmi elles, deux apprenties Assistantes Socio-Educatives (ASE) et même une troisième jeune fille en préapprentissage. « C’est la première année durant laquelle nous nous investissons autant au niveau de la formation », fait observer Béatrice Brisebois, la responsable des lieux. Principale raison de cette extension, le transfert du CAT saisons, anciennement situé à l’hôpital du Sentier. La surface a été multipliée par sept, pour atteindre actuellement deux cents mètres carrés. « C’est notre volonté, dans cet environnement de travail, de mettre sur pied de nouveaux projets dans la prise en charge de nos bénéficiaires », annonce Béatrice Brisebois.

Une atmosphère apaisante due à la région

La journée des ASE commence par un tour du lac afin de prendre en charge les bénéficiaires de leur domicile au CAT où des activités sont organisées, des fois sur place, des fois en extérieur : ce peut être une sortie dans un chalet d’alpage ou une visite culturelle. « De la sorte, aucune journée ne se ressemble », commente Béatrice Brisebois. Elle-même ne met pas forcément la main à la pâte pour ce qui est du programme des animations individuelles ou collectives, car c’est le rôle de son équipe. Chaque ASE note ses idées en début de mois et l’équipe les met en commun.

La responsable du CAT relève l’atmosphère agréable et familiale qui règne dans ses murs : « Des bénéficiaires qui étaient précédemment passés par des CAT ailleurs nous l’ont verbalisé. C’est nous qui créons cela par notre attitude, mais sans doute que nous l’avons aussi reçu de la région elle-même. » Sarah Stutz (lire encadré), apprentie en plein examens finaux, le confirme: « Quand je reviens, à la fin du week-end, moi qui ai toujours aimé la nature, je me sens tout de suite apaisée. »

La nouvelle dynamique a un nom : Pôle Santé

Tous les services hospitaliers et médico-sociaux de La Vallée ont été rassemblés en 2020 dans une structure unique, locale et indépendante, le Pôle Santé (PSVJ), fort de presque deux cents employés. Les professionnels, y compris ceux en formation, œuvrent ainsi dans le cadre d’un réseau de santé multisites et multiprofessionnels.

Anne Descuves, directrice des soins, explique : « Former des apprentis dans le domaine des soins à la Vallée de Joux augmente les chances de pouvoir trouver demain sur le marché des professionnels compétents, c’est important pour notre Pôle santé. Trouver des ASE/ASSC (lire encadré) en Suisse ne va pas de soi. Il est vrai aussi que des apprentis viennent d’autres régions et s’installent à La Vallée pendant ou une fois leur formation terminée. » Selon cette cadre du Pôle santé, la formation apporte aussi un bénéfice aux professionnels eux-mêmes : « Les soignants ont parfois de la peine à décrire leur rôle, c’est vaste et précis à la fois. Pour eux, l’exercice est fort utile. C’est une possibilité d’actualisation et des connaissances et des conceptions de soins à travers l’encadrement des étudiants ou d’apprentis. »

Formations en milieu hospitalier

Au Pôle santé, plusieurs postes d’apprentissages et d’autres opportunités de formations sont ouverts année après année, notamment comme Assistante en soins et santé communautaire (ASSC). Cette formation en soins infirmiers – sauf certains soins aigus et certains gestes comme la pose de voies veineuses – peut s’effectuer en voie duale ou en école de santé, avec un stage tous les six mois.

Le Pôle santé est aussi un lieu de stage pour des infirmières, physiothérapeutes et médecins en formation. Pour les premières, elles pourront intervenir dans trois services (médecine, salle de réveil et urgences) ainsi que suivre un patient dans tout son parcours au sein du PSVJ. « Nous sommes moins spécialisés qu’un grand hôpital de zone et la communication est facile entre les différents services: elle est interpersonnelle ». Anne Descuves évoque le projet d’ouvrir prochainement des possibilités de stages dans le domaine de la diététique.

Filière sociale

Il existe dans le canton de Vaud une belle richesse d’institutions médicales ou médicalisées. Une situation périphérique, voire excentrée, peut être un avantage à l’heure d’une cure, d’une mise au vert ou d’une convalescence. Typiquement, pour des personnes aux prises avec la toxicomanie, l’éloignement des centres urbains a tout son sens. La Croisée de Joux, située à L’Abbaye, est une structure atypique. Liée à la filière cantonale de la psychiatrie adulte, elle poursuit une mission de réhabilitation avec un public large auquel s’ajoute un service d’accueil hôtelier, pour des randonneurs et autres séminaristes, auquel participent les résidents. « Notre maison est une magnifique opportunité de formation car nous accueillons des résidents de tous les bords, milieux et difficultés – c’est donc un lieu de grande responsabilisation –, les étudiants sont rapidement mis dans le bain et aux manettes, sous supervision, bien entendu», explique Jean-Daniel Fuehrer, directeur. «Nos stagiaires et nos éducateurs/trices en formation se frotteront à la psychiatrie et à l’addiction et même à des résidents en appartements externes, au final, presque tout le panel des problématiques et des diagnostics qu’on peut rencontrer. Ils sont donc très vite responsabilisés et sortent en validant la diversité des situations qu’ils ont pu accompagner. »

Comme ses collègues en milieu hospitalier, Jean-Daniel Fuehrer est conscient que la formation représente un réel investissement. «Au final, c’est assez contraignant pour l’institution. Les plannings sont compliqués quand les collègues étudiants sont en cours et que les jours changent et il faut idéalement fournir des praticiens formateurs. Mais je trouve important de persévérer; on sert en fait l’avenir de son institution. J’ai déjà engagé des gens que j’avais eu en stage ou en semaines de formation [au nombre de 40 dont vingt spécifiques au domaine avant de pouvoir entrer en HES/ES] et j’ai pu gagner du temps en leur transmettant nos valeurs et notre manière de travailler.»

Filière pharmacienne

Dernière filière possible pour se former dans les métiers de la santé, la pharmacie. La Vallée de Joux en compte deux, toutes deux situées au cœur du Sentier et affiliées au groupe pharmacieplus. Avoir en permanence une apprentie est la volonté d’Akram Chouiter, cogérant. « La région est riche en métiers plutôt industriels, à dominante masculine et notre pharmacie se positionne par rapport pour offrir un débouché aux jeunes filles. » Pour Akram Chouiter, la formation d’assistante en pharmacie, laquelle dure trois ans, ouvre à un métier polyvalent. « On touche à un certain nombre de domaines, même si on est cantonné dans le domaine de la santé: il y a de la gestion, des ressources humaines, de la comptabilité et, de l’informatique. Et bien sûr, un contact constant avec la patientèle. De fait, nous sommes un peu la porte d’entrée dans le système de santé; les gens peuvent venir sans rendez-vous à la pharmacie.» Une nouvelle place d’apprentissage s’ouvrira ici en 2023.

« Cela demande un certain courage »

Croisée dans les couloirs du service de médecine et de chirurgie, Allison Piccard est en deuxième année de formation comme Assistante en soins et santé communautaire (ASSC), en langage courant, un peu plus qu’une aide-infirmière mais pas encore une infirmière ; cette dernière formation s’acquiert dans une haute école spécialisée et la jeune femme se dit « pas assez scolaire et surtout, désireuse d’être sur le terrain, de travailler pour de vrai et d’avoir un salaire ». Même si elle apprécie la liberté d’échanger naturellement avec les patients, la formation d’assistante socio-éducative ne lui aurait pas convenu, car Allison Piccard aime trop observer les pathologies, les comprendre et faire des liens. «Dans certains services, l’ASSC est considérée comme une quasi infirmière, c’est le cas ici à La Vallée; dans d’autres, elle sera considérée à peine mieux qu’une aide-soignante», croit-elle savoir.

En deux ans, l’apprentie aura malgré cela passé la majeure partie de son temps avec des personnes âgées. Elle a appris, confie-t-elle, «à développer une grande patience dans certaines situations, notamment les pathologies lourdes.» Autre aspect qu’elle n’avait pas imaginé avant d’entreprendre sa formation, la confrontation avec la mort. Tout cela l’a fait grandir et elle a appris à débriefer auprès de ses collègues. « Aujourd’hui, si je retombe sur la même situation, je suis capable de me dire que c’est normal, que c’est la vie. C’est un métier où il faut avoir un certain courage. »

La classe actuelle d’ASE de troisième année, à Yverdon, compte quatre jeunes hommes sur vingt apprentis.

Une fois son CFC en poche, elle prévoit de travailler quelques années et d’acquérir davantage de pratique puis de faire une école supérieure pour devenir éducatrice – toujours avec le même public –, qui lui permettra de faire le même travail qu’aujourd’hui, mais avec davantage de responsabilités.

« Une disposition naturelle à écouter »

Sarah Stutz est en dernière année de formation d’assistante socio-éducative. Après une année de transition consécutive à sa scolarité obligatoire, cette résidente de Valeyres-sous-Rances a effectué une année de stage en garderie. C’est là qu’on lui a parlé des EMS, qu’elle a fait un stage au Sentier et qu’elle s’est intéressée à ce public qui, elle en convient, peut rebuter certains («Beaucoup d’assistantes socio-éducatives se dirigent vers la petite enfance, nous sommes peu à nous orienter vers la gériatrie») mais auprès duquel elle a trouvé sa voie. «Pour faire ce métier, il faut avoir une disposition naturelle à l’écoute. Ça tombe bien, je suis calme et j’aime écouter les gens – discuter avec les personnes âgées, écouter ce qu’elles ont à me dire.» Sa première année d’apprentissage, elle l’a vécue à l’EMS de l’Hôpital du Sentier. Ensuite, elle a déménagé avec le reste de l’équipe du CAT. «Nous amenons beaucoup à nos bénéficiaires, car nous sommes les personnes qu’elles côtoient souvent le plus et elles s’attachent à nous. Je m’imaginais au début qu’elles seraient très dépendantes, or j’ai appris à vivre à leur côté comme des personnes normales et à les traiter comme telles, malgré la dégénérescence cognitive quand elle est là.»